Que prévoit la réglementation de la profession d’expert-comptable ? : les activités d’enseignement privé constituent des missions accessoires : c’est -à-dire que normalement, l’expert-comptable doit exercer son activité principale par un travail classique de cabinet (art 2 de l’ordonnance 45-2138 du 19 septembre 1945).
Je n’ai pas connaissance, mais le cas est envisageable, qu’un Conseil Régional de l’Ordre des Experts-Comptables rappelle à la réglementation un confrère qui exercerait, depuis plusieurs années, des activités d’enseignement privé à titre principal.
Le taux de rémunération de l’expert-comptable est variable selon les écoles, le niveau d’enseignement ou la région d’exercice, mais un taux horaire d’environ 50 à 75 € HT me semble être assez réaliste.
En université, une heure de TD (devant un groupe de 26 étudiants) est payée 38 € (une heure d’amphithéâtre étant évaluée à 1,5 heures de TD).
Peut-on en vivre ?
Il faut savoir qu’une charge d’enseignement complète en Bac+3 (DECF par exemple) ne peut guère dépasser 15 à 20 heures par semaine : préparations très lourdes, obligations d’enseigner plusieurs matières pour arriver à un tel quota d’heures, établissements différents…
Le Code de la Sécurité sociale estime d’ailleurs qu’une heure d’enseignement équivaut à 3 heures de travail classique dans le privé (assurance maladie, chômage).
Si l’on ajoute à cela le fait que pendant trois mois par an les enseignants vacataires ne sont pas payés, et que les cotisations sociales afférentes au simple fait de s’inscrire comme expert-comptable indépendant à l’OEC atteignent dès le début d’activité près de 4500 € par an, on déduit facilement qu’une seule activité d’enseignement n’est pas viable, sauf à accepter des revenus extrêmement faibles.
En conclusion : Donner des cours comme vacataire pour un jeune expert-comptable inscrit, peut être une solution d’appoint: en faire une activité principale est contraire à la réglementation professionnelle et n’est pas, sauf rares exceptions, viable sur le plan financier. Les charges fixes professionnelles étant trop lourdes à supporter.
Les contractuels et vacataires de l’Education Nationale :
Il existe actuellement deux catégories d’enseignants non titulaires dans l’enseignement du second degré :
Les contractuels qui signent un contrat avec le Recteur de leur Académie : le contrat est de un an (plutôt 10 mois car les congés ne sont pas payés) pour un service de 18 heures par semaine généralement.
Les vacataires pour des contrats de 200 heures par an, signés avec le Chef d’établissement (le proviseur).
Quelques experts-comptables choisissent ces formules qui présentent l’avantage d’apporter immédiatement un certain volume d’heures. Par contre, il n’y a guère de souplesse pour les horaires : le danger est de ne pas pouvoir développer une activité parallèle, et de s’enfermer dans l’enseignement et ici dans la précarité.
Le Maître de Conférence Associé : c’est un contrat à durée déterminée proposé par une université à des enseignants vacataires réputés ou que l’on veut faire venir ou, ayant faits leurs preuves pendant plusieurs années. Il s’agit d’un contrat de 96 heures de cours par an pour un salaire d’environ 1000€ par mois.
Cette solution est quasiment inaccessible au jeune expert-comptable qui débute dans l’enseignement.
Diplômé d’Expertise-Comptable (non inscrit) et activité principale d’enseignement
s’agit donc de jeunes diplômé(e)s qui choisissent d’abandonner l’exercice libéral pour de multiples raisons, on peut en évoquer ici trois principales :
soit par ce que leur stage ne leur a pas donné satisfaction.
soit parce que n’ayant pas de relations, ils ne pensent pas pouvoir couvrir les frais fixes professionnels.
soit parce qu’il s’agit de jeunes mères de famille, qui souhaitent avoir du temps pour leurs enfants tout en apportant un complément de revenu au foyer.
Concrètement, il s’agit d’enseigner en Ecole de Commerce privée (type ESC), ou dans des classes préparatoires privées au DPECF/DECF.
Les contrats sont de droit privé et tout est négociable : heures de travail, emploi du temps, salaire.
De par mon expérience, je dirais que ce sont des gens qui effectuent environ 20 heures par semaine sur 4 jours(avec un public facile car très motivé), dans une ou deux spécialités.
C’est une très bonne solution pour qui veut abandonner l’exercice libéral , cela évite de passer par le concours d’agrégation ou la thèse. Par contre les places sont rares et le licenciement ou la faillite de l’école (ex :ICS Bégué à Paris) sont toujours possibles…
Professeur permanent dans un établissement privé
On commence rarement comme professeur permanent : le jeune diplômé se verra confier quelques heures de cours la première année (4 à 6 heures par semaine) ; puis, donnant satisfaction, on lui proposera d’intervenir sur d’autres modules.
Payé tout d’abord à l’heure, il pourra ensuite évoluer vers un contrat d’enseignant permanent (CDI) prévoyant un volume annuel pour une rémunération globale.
Concrètement, il faut viser les ESC ou des préparations au DECF importantes telle l’ENOES à Paris.
L’avantage par rapport au fonctionnaire est d’être certain d’effectuer un travail intéressant : il a été dit plus haut combien il est difficile dans le public d’obtenir des classes préparatoires.
Un public motivé, sociologiquement très privilégié (jusqu’à 7000€ de frais de scolarité par an…) ; mais aussi souvent des classes ou effectifs surchargés (plus de 50 étudiants dans la classe…), et donc un travail lourd à préparer et des heures d’enseignement stimulantes, mais très fatigantes.
Professeur vacataire dans plusieurs établissements publics et privés
Le cas est fréquent de rencontrer de jeunes diplômés d’expertise-comptable qui enseignent comme vacataires dans divers établissements.
Contrairement à la démarche de celui qui est aussi inscrit au tableau, il s’agit généralement ici d’une position d’attente, d’une transition.
Les vacations dans le secteur public ne sont possibles que pour celui qui dispose déjà d’une couverture sociale. Concrètement, cela signifie qu’il doit justifier d’une activité salariée d’au moins 1000 heures par an (ou 333 heures d’enseignement) chez un ou plusieurs employeurs privés
Si l’on considère qu’une année scolaire comporte environ de 32 à 35 semaines (un peu moins dans les Ecoles de Commerce ou d’Ingénieurs qui envoient en stages leurs étudiants), cela veut dire que le secteur public n’est ouvert qu’à celui qui justifie déjà d’une dizaine d’heures d’enseignement par semaine, ce qui est loin d’être évident en province ou pour celui qui débute.
Le « multi-vacataire » non inscrit à l’Ordre, a l’avantage de ne pas subir les cotisations professionnelles, ce qui place son seuil de rentabilité à revenu constant à un niveau plus bas ; par contre si financièrement c’est un peu plus facile, il n’y a guère d’espoir de développement.
Enfermé dans l’enseignement, à la recherche constante d’heures de cours, il risque de s’enfoncer dans la précarité, de perdre son acquis professionnel.
Cette situation est dangereuse si elle ne débouche pas rapidement sur une position de professeur permanent ; elle ne doit donc être que temporaire ou la résultante d’une situation familiale particulière (mères en charge de jeunes enfants par exemple).
Fonctionnaire à l’Education Nationale
Cela concerne, rappelons-le, un diplômé d’expertise-comptable qui ne souhaite pas s’inscrire à l’Ordre.
Il s’agit souvent d’un enseignant ayant fait son stage en cabinet à mi-temps comme le prévoit la réglementation du stage.
Obtenant son diplôme d’expertise, mais satisfait du poste qu’il détient à l’Education Nationale, il ne souhaite pas exercer en libéral.
Il s’agit aussi d’experts-comptables diplômés qui, pour diverses raisons, passent les concours de fonctionnaires.
On rencontre généralement des personnes qui privilégient leur qualité de vie.
Le sacrifice financier étant considérable (un professeur agrégé effectue sa carrière à un revenu même pas égal à la moitié de celui d’un expert-comptable…), on y trouve des personnes de sexe féminin ou, des hommes ayant par ailleurs une situation patrimoniale somme toute confortable.
Généralement le conjoint est enseignant et les ascendants ont une culture de service public.
L’enseignant pourra faire quelques heures supplémentaires, participer aux jurys d’examens, écrire des ouvrages, faire de la recherche, du syndicalisme…
Il pourra aussi évoluer à l’intérieur de l’EN et devenir par exemple IPR ou Inspecteur Général (le Doyen actuel de l’Inspection Générale d’Economie-Gestion est diplômé expert-comptable…)
Il s’agit alors d’une autre vie, d’autres préoccupations…
Les activités complémentaires à l’enseignement
Professeur permanent dans un établissement privé
Le jeune expert-comptable, qu’il soit inscrit ou non, a la possibilité d’exercer quelques activités particulières, souvent spécifiques à notre filière.
La recherche.
Il s’agit d’un domaine complètement occulté du cursus des études comptables, et c’est bien dommage car il y a des activités passionnantes à y faire.
Généralement, on commencera par faire un DEA : soit sous le statut classique d’étudiant, soit grâce à un enseignement à distance tels que ceux proposés par l’Université de Grenoble par exemple. On pourra ensuite intégrer une équipe de recherche, publier, participer à des colloques et des congrès, se faire connaître et peut être rédiger une thèse. Ceci tout en exerçant une activité principale autre (enseignant, expert-comptable), l’intensité de la recherche dépendra alors du temps disponible.
A terme, c’est une possibilité d’activité rémunérée complémentaire (développement relationnel, entrée dans des cercles jusqu’alors inconnus..).
La thèse, la spécialisation et la recherche sont d’ailleurs indispensables pour qui souhaite enseigner à HEC ou l’ESSEC par exemple, où l’expertise-comptable n’est plus suffisante...
Les jurys d’examens.
La filière comptable est particulièrement riche en ce domaine, tous les jeunes EC le savent et pour cause…
Epreuves écrites et orales du DESCF et de l’expertise- comptable constituent un travail complémentaire intellectuellement intéressant , et rémunéré.
Il faut en principe être agrégé ou expert-comptable pour être au jury du DESCF, professeur des Universités ou expert-comptable pour être au jury du DEC (avec quelques exceptions comme toujours…).
Certains professeurs agrégés sont aussi membres des jurys du CAPET (externe et interne) et de l’agrégation (externe et interne).
Le journalisme et la rédaction d’ouvrages.
Une grande partie des ouvrages de gestion et la quasi-totalité des manuels sont écrits par des enseignants.
Si l’éditeur est réputé, c’est une belle carte de visite (très appréciée par la hiérarchie pour obtenir une classe préparatoire dans le public par exemple..).
Rares sont les cas ou l’on gagne de l’argent à écrire un manuel de gestion : environ 10% du prix hors taxe de l’ouvrage reviennent à l’auteur.
Par contre, le travail peut être considérable.
L’ écriture dans des revues spécialisées (Revue Française de comptabilité, Revue fiduciaire..) reflète généralement une spécialisation de haut niveau.
Activité passionnante pour qui aime écrire, c’est un moyen de rester au sommet.
Cela permet parfois d’avoir un complément de revenu si les publications sont régulières.
Conclusion Générale
Il y a vingt cinq ans, devenir enseignant en étant parallèlement expert-comptable pouvait apparaître comme une aberration.
Aucune difficulté réelle à trouver de la clientèle, les portes des entreprises grandes ouvertes, l’enseignement était considéré comme un dépannage, une roue de secours, une formule à abandonner après un an ou deux.
Aujourd’hui, les choses ont radicalement évolués. La situation économique tout d’abord : les difficultés considérables de l’installation à titre individuel, l’incertitude sur l’évolution d’une carrière en entreprise, le chômage des cadres...
Mais plus encore, les mentalités ont changé.
Cela se perçoit très bien lors des recrutements et lors des enquêtes auprès des étudiants : les jeunes cadres revendiquent le droit à une vie privée, ils veulent du temps libre, s’épanouir personnellement.
Alors y-a-t-il une émergence de la fonction enseignante dans la profession comptable ?
Nous ne disposons pas de statistiques permettant de conclure sur ce point.
Je conseillerais à qui serait intéressé et souhaiterait comme moi « franchir la barrière » de bien se renseigner, car là aussi il se dit tout et n’importe quoi ; de contacter en particulier des enseignants experts-comptables dans des universités, des écoles, des lycées et de parler franchement des choses.
Rien n’est simple, aucune carrière n’est limpide pas plus dans l’enseignement qu’ailleurs.
Mais il ne faut actuellement rien négliger et décider selon ses aspirations, ses opinions, son expérience et sa situation familiale.
On pourra aussi, bien évidemment m’interroger sur le Forum pour des détails plus techniques
Texte écrit par Patrick
Modérateur du Forum Compta-Online.
Membre du jury du DEC.
Expert-Comptable Indépendant.
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